Entretien avec Etienne Gabella, Conseil en Propriété Industrielle et Mandataire européen, fondateur de Twenty Years

LLR a décidé de mettre gratuitement à disposition de ses visiteurs l’outil Twenty Years, dédié à la recherche de brevets par intelligence artificielle. Cet outil est amené à révolutionner les études de brevetabilité ou de liberté d’exploitation.

Nous interrogeons son fondateur Etienne Gabella afin qu’il nous en dise plus sur son produit.

Etienne, pouvez-vous présenter en quelques mots votre parcours professionnel ?

Je suis ingénieur diplômé de Télécom SudParis. Pendant mes études, j’ai cofondé une startup de développement d’applications mobiles de réalité augmentée. Ensuite, en 2014, je suis entré chez LLR où je suis devenu Conseil en propriété industrielle et Mandataire européen. Je me suis spécialisé dans la protection par brevet des inventions dites « mises en œuvre par ordinateur », en travaillant par exemple sur des systèmes de cryptographie, de paiement, et bien sûr d’intelligence artificielle. Aujourd’hui je suis à mon compte, tout en restant consultant pour LLR.

Comment avez-vous été amené à fonder Twenty Years ?

J’ai toujours eu envie d’entreprendre dans ce domaine et de simplifier l’accès aux informations sur les brevets. Chez LLR, j’ai mené beaucoup de recherches d’antériorités et de liberté d’exploitation : un travail passionnant mais très long et frustrant car les résultats dépendent fortement des mots-clefs choisis. En outre, une fois les mots-clefs choisis et les documents, souvent nombreux, obtenus, il est nécessaire de les analyser en respectant des contraintes de temps.

Je me suis formé à l’IA et j’en ai conclu que la recherche par similarité sémantique représente l’avenir, en s’affranchissant des mots‑clefs pour obtenir des brevets pertinents en quelques secondes. L’IA permet également de produire des pré-analyses de nombreux documents rapidement.

Pouvez-vous nous dire plus précisément ce que propose Twenty Years ?

Dans la version actuelle, l’outil est orienté « liberté d’exploitation ». L’utilisateur décrit son invention en langage naturel (phrase, paragraphe ou document). La plateforme renvoie en quelques secondes les brevets dont les revendications sont sémantiquement les plus proches.

En arrière‑plan, nos modèles d’IA propriétaires réalisent un travail complexe :

  • extraction des caractéristiques techniques pertinentes,
  • génération de revendications « candidates » artificielles,
  • comparaison par similarité avec plus de 30 millions de revendications issues des brevets publiés ces vingt dernières années par l’OEB, l’USPTO et le CIPO (offices européen, américain, canadien).

Ensuite, à partir de ces résultats, l’utilisateur peut ensuite lancer des pré-analyses en liberté d’exploitation. Il obtient un raisonnement, justifié à l’appui de citations, portant sur la reproduction littérale et l’éventuelle reproduction par équivalence des caractéristiques revendiquées, et un score de risque pour chaque document analysé.

Faut-il être professionnel de la PI pour utiliser Twenty Years ?

Non, car il n’est pas nécessaire de maitriser les classifications IPC/CPC, ni requêtes booléennes ou jargon. Il suffit de décrire son produit avec ses mots. L’outil devient ainsi accessible aux porteurs de projet, dirigeants, ingénieurs R&D ou chercheurs, pour une première vision rapide sans expertise en propriété industrielle.

Il vise cependant en premier lieu les professionnels comme moi puisqu’il permet d’accélérer énormément notre travail.

Qu’il s’agisse de brevetabilité ou de liberté d’exploitation, la confidentialité est essentielle, quelles garanties offrez-vous sur ce point ?

C’est pour moi un point fondamental, et c’est ce qui distingue Twenty Years sur le marché. Les modèles d’IA qui font fonctionner la plateforme nous appartiennent en propre. Ils sont hébergés sur des serveurs dédiés fournis par des prestataires de droit européen. Aucune donnée utilisateur n’est transmise à OpenAI, Google, Anthropic ou tout autre fournisseur de LLM.

Cette indépendance garantit aussi la continuité du service, quels que soient les changements de conditions ou de tarifs des fournisseurs externes.

Dans le cadre du widget gratuit de LLR, les descriptions ne sont même pas stockées : elles sont traitées en mémoire vive puis automatiquement supprimées au plus tard trente minutes après la fin du traitement. Aucune copie n’est conservée et les modèles ne sont jamais entraînés sur les données utilisateurs.

Comment entraînez-vous le produit si vous n’utilisez pas les données saisies ?

Nos modèles sont entraînés sur des données fictives que nous générons nous-mêmes : descriptions techniques de tailles et de styles variés, revendications de tous les domaines et toutes les langues, analyses fictives justifiées par des citations et raisonnements, le tout validé par des experts en brevets. Aucune donnée client n’entre dans l’entraînement, jamais, et c’est ce qui nous permet d’offrir la garantie de confidentialité.

Quelles fonctionnalités sont incluses dans la version gratuite du site LLR ?

Le widget du site LLR permet :

  • La saisie d’une description en langage naturel jusqu’à 90 000 caractères (environ quarante pages), ou l’import d’un document technique PDF ou texte ;
  • La recherche dans plus de 30 millions de revendications, issues des brevets et demandes publiés ces vingt dernières années par les offices OEB, USPTO et CIPO ;
  • La restitution des dix brevets sémantiquement les plus proches, avec pour chacun le titre, le titulaire actuel, le statut, les territoires de protection, et la revendication indépendante la plus proche extraite pour comparaison directe.

Le tout en quelques secondes, gratuitement, sans création de compte.

Quelles sont les fonctionnalités payantes proposées par Twenty Years ?

Le site twentyyears.ai propose une version étendue :

  • Plus de résultats par recherche, pour une vision plus large ;
  • Le contrôle de la recherche, avec visualisation et modification des revendications candidates générées par l’outil (reformuler, ajouter ou retirer des caractéristiques), pour affiner ou réorienter les résultats ;
  • Un espace de travail personnel conservant l’historique des études ;
  • L’export de rapports d’analyse en PDF pour présenter à un client ou partenaire ;
  • L’accès à la pré-analyse de liberté d’exploitation.

Est-ce que Twenty Years va remplacer les services d’un Conseil en propriété industrielle ?

Twenty Years ne vise pas à remplacer un Conseil en propriété industrielle, mais certains outils qu’il utilise.

A terme il a vocation à s’adresser aussi à un public qui ne consulte pas de CPI (étudiants, fondateurs, ingénieurs, chercheurs), souvent limité à Google Patents ou à des IA grand public comme ChatGPT ou Perplexity, sans bases de données brevets ni garanties de confidentialité.

En revanche le raisonnement juridique appuyé par l’expérience humaine, les échanges entre inventeurs et expert brevet, l’avis professionnel qui engage la responsabilité du conseil, tout cela reste, et restera, du ressort du Conseil en Propriété Industrielle. Twenty Years est un démultiplicateur du travail de CPI, pas un substitut.

Quelles sont les prochaines évolutions prévues pour Twenty Years ?

Trois grands chantiers sont en cours, pour une version 2 finalisée durant l’été 2026 :

  • l’extension géographique, en intégrant d’abord les brevets des offices au Japon, Corée et Chine, avec l’objectif à terme d’une couverture mondiale, alignée sur les territoires usuels de protection des inventions ;
  • l’indexation, non pas uniquement des revendications, mais de l’ensemble des documents (descriptions et exemples), offrant de permettre des recherches portant sur l’ensemble du contenu des documents ;
  • un module de pré-analyse de brevetabilité, sur le modèle de la pré-analyse de liberté d’exploitation, pour produire une première analyse structurée de la nouveauté et de l’activité inventive d’un produit décrit.

Image de Merlin Lightpainting (Pexels)